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Opinions

Hiroyuki ABE 
Ancien conseiller du Council for Science and Technology Policy

Pour une culture de l'intelligence aux origines spirituelles japonaises

Hiroyuki ABE
Ancien conseiller du Council for Science and Technology Policy

2010.1


Aujourd'hui, partout dans le monde, les gouvernements se consacrent à augmenter les budgets pour les sciences et les technologies et cherchent à former des personnels spécialisés tout en reformant le système. La cause principale de ces augmentations et reformes, est que l'on a conscience universellement que la compétitivité et l'économie d'une nation dépendent énormément de son niveau de développement en sciences et technologies. En plus de ces politiques, il est indispensable de créer un contexte culturel qui honore les sciences et la créativité. Les pays occidentaux insistent souvent sur ce point ; de peur, je pense, que la créativité scientifique ne décline.

En parlant ainsi, des objections peuvent s'élever à l'encontre du gouvernement où j'était en exercice au poste de conseiller auprès de l'agence du Council for Science and Technology Policy, quand à savoir si notre politique a vraiment été ardente en faveur des sciences et technologies. J'airais aimé pouvoir dire qu'il l'était mais les dépenses publiques pour la recherche et les hautes études, vis-à-vis du PIB, sont malheureusement toujours basses en comparaison des autres principaux grands pays. Il est bien sûr important de participer à la réduction du déficit budgétaire de l'état mais le courage d'investir, surtout dans les moments difficiles, aurait-il disparu en ce qui concerne l'éducation et la recherche ? Les budgets ont tendance à se réduire ou à augmenter selon les mêmes règles que les secteurs où les changements rapides sont souhaitables ; ce qui ne devraient pas s'appliquer à la recherche scientifique créative qui demande, au contraire, une certaine pérennité. Si cela se généralise, j'ai bien l'impression qu'il faut y voir une relation possible avec une décadence du contexte culturel précédemment décrit.

Un des exemples représentatifs de la créativité est le prix Nobel. Surtout concernant les trois disciplines scientifiques, les États-Unis y ont vu récompensé la moitié des lauréats après la seconde guerre mondiale. La supériorité des États-Unis, nation dans laquelle des chercheurs de renommés mondiaux se réunissent et rivalisent dans des dizaines d'universités et organismes de recherche, l'emporte de loin sur les autres pays, y compris dans les domaines non récompensés par les prix Nobel. Dans ces universités et centres de recherche, on trouve une atmosphère dans laquelle la créativité est bien respectée. Cette situation explique pourquoi, actuellement, les chercheurs des domaines de pointes du monde entier gardent un œil sur le mouvement de la recherche aux États-Unis.

Un des facteurs sociaux culturels qui favorise la créativité est la tolérance pour les différences culturelles et la diversité. Les universités aux États-Unis sont justement un creuset de personnes d'origines très différentes, et elles ont des traditions qui n'apprécient guère les modèles de cultures exclusives. Par ailleurs, c'est la Suisse, qui a le plus grand nombre de prix Nobel par rapport au nombre de ses habitants, et c'est une nation complexe avec pas moins de quatre langues officielles par exemple. L'Europe et les États-Unis ont largement discuté sur l'efficacité de l'apport de différentes cultures pour la créativité.

Maintenant, pour ce qui concerne le Japon. Le prix Nobel a été décerné à 16 personnes, y compris un prix Nobel de la paix. Si on laisse de côté les espérances de prix pour le futur, il n'y a pas d'autre pays qui peuvent prétendre à autant de distinctions mis à part en Europe et aux États-Unis. Dans un pays en voie de développement, l'on m'a demandé une fois, pourquoi le Japon est si particulier et exceptionnel ; quelle est sa fondation sociale et culturelle pour y parvenir ? En quelques mots, c'est parce que l'environnement développant la créativité a été largement cultivée depuis longues années par nos prédécesseurs. Néanmoins, il est à remarquer que cet environnement a tendance à s'affaiblir ces dernières années. Les jeunes qui évitent les professions créatives telles que celles des sciences et de l'ingénierie augmentent rapidement, et malheureusement, le constat est que cela n'est pas un phénomène universel dans les autres pays développés.

Je voudrais donner ici mes aspirations à propos de cette culture idéale pour le futur. Premièrement, il faudrait recréer une atmosphère où les emplois dans les professions créatives seraient à nouveau hautement valorisés. En même temps, il faudrait soutenir le système éducatif pour encourager la créativité correspondante. Il est bien connu qu'au Japon les types d'examens d'entrées aux universités affectent les types d'enseignements dans les cycles primaire et secondaire, et ils affectent aussi passablement l'enseignement supérieur. Si on cite deux principales caractéristiques des examens d'entrée dans les universités japonaises, c'est premièrement de donner une importance excessive à la formalisation et l'équité des notations, et deuxièmement du petit nombre des matières proposées lors des examens. Le premier point a pour seul et unique avantage la notation au moyen d'ordinateurs, et le deuxième est de créer consciemment des jeunes spécialisés dans des domaines très limités. En Europe et aux États-Unis ces deux défauts sont sérieusement pris en compte, et ces communautés s'exercent en différentes ingéniosités à développer la créativité afin de suppléer aux carences de ce système. Pour le Japon, c'est peut-être un peu tard, mais ce serait peut-être aussi le moment d'examiner les idées mises en œuvre dans les autres pays. Si je peux me permettre de citer trois mots de clef pour l'éducation qu'on attend d'un leader d'une société d'intelligence pour le 21ème siècle, cela sera la créativité, la morale et l'instruction.

La majorité du corps enseignant dans les universités japonaises sont des Japonais. Il serait souhaitable que des professeurs brillants venus de l'étranger y participent, néanmoins, cela prendra des années pour aménager leurs venues. L'introduction de la différence culturelle et de la diversité au sein du système éducatif, du milieu universitaire et de la recherche, est un problème fondamental quand on considère les circonstances actuelles.

Aujourd'hui nous essayons de résoudre différentes problématiques concernant l'environnement de la Terre, l'alimentation, la surpopulation, les maladies infectieuses, les différences de conditions sociales, etc. et sommes en train de tâtonner comment créer la société de 21ème siècle. Dans cette situation, quelle société, quelle nation, le Japon cherche-t-il à créer ? Évidement la technique joue un grand rôle. Il est aussi important de choisir les techniques de qualité dans le processus de l'innovation. A cette étape, il est indispensable de se montrer convaincant et d'avoir la compréhension de la société locale et l'adhésion de celles transfrontalières internationales. Cela est étroitement lié à combien l'environnement japonais peut-être attirant, au niveau de sa société et de sa culture, et à la sympathie et la confiance que l'on peut avoir en son peuple.

Plus la connaissance est spécialisée, plus on a du mal à voir la globalité. Et c'est grâce aux mots clefs décrits ci-dessus, ou l'on insiste sur la créativité, la morale et l'instruction, que cela permettra de surmonter cette difficulté. La base pour soutenir ces trois idées est l'ethos de l'intelligence, c'est à dire la culture spirituelle de l'intelligence. Néanmoins, il ne faut pas se précipiter pour établir une culture spirituelle de l'intelligence. Il est indispensable de bien réfléchir et d'en discuter sous tous ses aspects.

Le Japon a tendance à diriger ses yeux vers l'Europe et les États-Unis lorsque l'on parle de la civilisation technique, mais nos prédécesseurs nous ont laissé différents savoirs et sagesses. En dirigeant nos yeux vers cette intelligence ancestrale tout en se référant aussi aux intelligences des autres pays, je crois que le rôle de notre génération, afin de confier à nos descendants le monde et le Japon, dont on ne fait partie que par hasard, sera de créer une culture spirituelle de l'intelligence digne du 21ème siècle.

Anglais / Chinois / Japonais

Le profile de Monsieur Hiroyuki ABE :

Né en 1936. En 1955 il a été diplômé du Sendai Daini High School à la préfecture Miyagi, et en 1959 diplômé du School of Engineering, Tohoku University. Il a travaillé à NEC Corporation jusqu'à 1962. En 1967, il a eu son doctorat à Graduate School of Department of Mechanical Engineering, Tohoku University et obtention du titre de docteur en technologies. En 1977, il a été professeur au School of Engineering, Tohoku University, dont il était devenu le Doyen en 1993. En 1996, président de Tohoku University et en 2002 professeur émérite de la même université. Du janvier 2003 au janvier 2007, il a été conseiller du Council for Science and Technology Policy. En 2002, il a été président du Strategic Council on Intellectual Properties et il a résumé le " Outline of the National Intellectual Property Strategy ". Maintenant il est conseiller du Japan Science and Technology Agency. Après avoir pris sa retraite du poste de conseiller du Council for Science and Technology Policy, il dirige un colloque dans lequel on révise par la base ce que doit être la technique, et il présente le résultat de ses activités dans le livre " Kagakugijutsu to Chi no Seishinbunka – Atarashii Kagakugijutsubunmei no Kouchiku ni mukete "( " La technique et la culture spirituelle de l'intelligence – pour établissement de la nouvelle civilisation de la technique") (Rédaction du Research Institute of Science and Technology for Society, Japan Science and Technology Agency, Maruzen Planet, 2009). Ses spécialités sont la mécanique, la mécanique des matériaux et mécanique du solide. Il est membre étranger de la National Academy of Engineering (NAE, États-Unis).

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